Vampire en pyjama – Dionysos

Sorti quelques jours après la publication du livre de Mathias Malzieu, Journal d’un Vampire en pyjama, cet album apparaît comme une illustration des propos tenus dans l’autobiographie, qu’il est favorable de lire avant d’écouter le CD. A l’image de son titre phare Vampire de l’Amour sortit à la rentrée dernière, qui prend une dimension particulière dès lors que les évènements entourant la création des chansons sont connus.
Au fil des pages de l’ouvrage est dévoilée, en filigrane, une émotion particulière pour la passion du chanteur envers son univers et sa musique. Inventeur-né doté d’un imaginaire fertile, c’est sous la forme de créations musicales qu’il va choisir de s’évader et ne pas succomber à la déprime engendrée par la maladie et l’enfermement qu’il a vécu. Progressivement, des titres de chansons apparaissent dans le roman, dévoilant les prémices de cet opus de la petite tribu électrique Dionysos avec laquelle Mathias sillonne les routes depuis plus de 20 ans.

Silence ! Ecoute…

L’album commence très doucement. Sublimée d’une mélodie douce et épurée, la voix de Mathias retentit pour déclamer quelques strophes modifiées d’un poème de Paul Verlaine qu’il s’est approprié et dont il fait mention dans le livre (Les Feuilles Mortes). Se gonflant progressivement d’une ampleur énergique avec l’arrivée des violons et cordes de Babet, Chanson d’été est marquée par un texte aux jeux de mots multiples (« Le passé décomposé à conjuguer au plus que présent ») et faisant référence à nombre de questionnements, qui vont se poursuivre sur Guerrier de Porcelaine. Les paroles du refrain entrainant et énergique résonnent sur un fond lourd de guitares et violoncelles. Le gimmick qui s’en dégage ne manquera pas d’enivrer le public lors des concerts, au même titre que Vampire de l’amour, connu depuis quelques mois. Agissant avec une légèreté printanière dotée d’espoir, le rythme possède la faculté de détourner et rendre poétique et enjouées les paroles devenues réellement compréhensibles seulement depuis la lecture de l’ouvrage.

Cet enthousiasme euphorisant retombe quelque peu avec Hospital Blues et son ambiance glaçante des premières secondes. Etonnant par une musicalité typée électro planante et envoûtante, l’écho de la voix de Mathias résonne sur un fond rehaussé par un rythme de batterie rappelant les battements de cœur dans le silence des couloirs d’un hôpital. Saisissant…

Le ton plus léger reprend le dessus dans les sonorités de L’heure des Lueurs, où les mesures aux consonances andalouses accentuées par les toy piano et xylophone ajoutent un tempo jovial à des paroles pourtant marquées par l’amertume. Cette mélancolie textuelle bien installée perdure durant le sixième titre, Skateboarding sous Morphine, où les références pleuvent autant que les bruitages sur cette chanson directement dédiée aux « sauveurs » en blouse blanches. Un bel hommage clôturé par des choeurs bouleversants.
Ces derniers se retrouvent sur Know your Anemy, pour apporter une puissance émotionnelle à cette ballade introspective. Composée d’harmonies douces et berçantes en piano/voix, l’allure va redoubler progressivement par les ajouts successifs des instruments pour donner de la force aux propos anglophones déclamés à blanc (« You’ve got to know your ennemy, to fight against yourself / I’ve got to know my anemy, to fight against myself « ).

En guise de pause dans la linéarité du thème, un nouveau souffle est pris avec une reprise du célèbre Follow the river de Lykke Li. Le ralentissement du tempo qui contraste magnifiquement avec la version originale dévoile une adaptation suave et langoureuse où se mêlent harmonieusement la voix élevée de Babet aux accords de ukulélé marquants la « touche » Dionysos.

Si jusque là les chansons construisent avec homogénéité une ambiance et suivent un fil conducteur (im)perceptible, les derniers morceaux partent dans une décadence dont le groupe a toujours usé. Après une Dame Oclès emplie de suspens et d’angoisse fortement marqués par l’assemblage des gongs, violons sombres et basses graves évoquant un tempo en cavalcade digne d’une épopée cinématographique façon Tim Burton, arrive un Petit Lion, frétillant et totalement décalé. Rugissant comme une lumière joyeuse après la noirceur d’un orage, cette chanson aux paroles soyeuses (« C’était comme une rêve qui respirait (…) c’était comme un rêve qui m’aspirait ») et aux allures de comptine enfantine révèle une touche d’humour qui va se poursuivre avec Déguisé en moi. S’il apparaît comme l’un des titres les plus sautillants de l’album, il n’en reste pas moins fidèle aux sonorités carnavalesques habituelles chez Dionysos, auxquelles s’ajoutent des petits bruitages semblables à ceux de jeux vidéos. Amusant comme un générique de dessin animé de super-héros et surtout Vivant !
La folie passée, l’ambiance redescend d’un (petit) cran avec l’une des premières chansons composée, Le Chant du mauvais cygne. Si la musique reste entrainante de part les accords de guitares sèches et symballes, les paroles sont saisissantes et dotées d’une poésie douce et triste ( Je me reposerai quand je serai mort, mais pour l’instant, je suis toujours là), qui se retrouve sur le dernier titre, Vampire en pyjama. Cette ballade en solo guitare/voix est avant tout une ôde magnifique à son groupe, comme un remerciement qui clôture magnifiquement l’album.

Mon avis

Si Jack et la Mécanique du Cœur m’avait enthousiasmée, celui-ci m’a charmée, par les sonorités délicates et harmonieuses qui se dégagent des titres. Dionysos a laissé de côté ses guitares électriques pour d’autres cordes, vocales, plus douces et basses, mais il n’en ressort pas moins un album puissant et marquant.
Les musiques assument leur rôle à merveille (à l’image de Dame Oclès ou de la beauté d’Hospital Blues), et les paroles me semblent plus posées et mûries que celles des précédents disques, sans pour autant perdre de leurs charme et jeux sémantiques. Indissociable de l’ouvrage qu’il complète (ou le contraire), cet opus ouvre la porte sur l’univers et la bulle mystique de Mathias, emplie des notes mélodiques qui l’agrémentent.
Ce qui me marque, néanmoins, ne relève pas de ces éléments ou de l’assemblage des titres qui se succèdent sans jamais se ressembler, mais d’une sensibilité plus infime qui est constante sur les chansons, comme une valeur ajoutée à la limite de l’audible. A la façon d’un bruitage répété ou ajouté lors du mixage, le son ressemble à celui d’un disque vinyl qui craque et crépite sur sa platine (réellement perceptible à la fin de Le Chant du mauvais cygne ). L’amour de Mathias pour cet objet n’est plus à prouvé, mais cela reste atypique….pour un support CD/Mp3 du moins !

En bref…

Bien que plus doux que les précédents opus du groupe, cet album, marqué par des textes touchants et des mélodies émotionnellement fortes, est celui d’une renaissance. L’homme qui ne sait pas conduire un cerf-volant apprend aujourd’hui à diriger sa vie, sous la houlette d’un nouveau « lui ». Difficile de présager ce que seront les concerts à venir ni si l’énergie transcendante et commutative dont il déborde planera toujours sur la foule durant les shows, mais la route sera longue pour la tournée à venir, et on la leur souhaite bonne !


Si l’album n’est pas indispensable à la lecture, le livre dont il est fait mention au fil de cet article et auquel se réfère les chansons est pour le moins indissociable. Une chronique en parle juste ici.

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