Tu verras – Nicolas Fargues

Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d’écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête à chaque fois qu’il voulait m’emmener au musée. Il ajoutait toujours : « Plus tard, tu comprendras que c’est pour ton bien que je te disais ça, tu verras. » ❞

Ma version des faits

A l’encontre totale du résumé figurant en 4ème de couverture, Tu Verras ne relate pas les faits et gestes d’une jeune personne qui décrit sa vie d’adolescent, sous les remontrances et/ou conseils d’un père trop protecteur voire directeur.
Non ! C’est même plutôt tout le contraire…Car il s’agit en réalité de l’histoire tragique et bouleversante de Colin, père de famille divorcé, qui élève seul son fils dont il a la garde. Les conflits générationnels et les heurts avec Clément, 12 ans, sont légions, Colin a du mal parfois à gérer mais un jour son existence va basculer, comme le corps de son enfant au bord du quai d’un métro.
Entre de forts élans de solitude et de tristesse, il va devoir apprendre à faire face. Et avec toute la douleur que cela suscite, il va essayer de « comprendre » ce qui s’est passé, et retracer le dernier jour que son fils a vécu. Au travers des faits et gestes et des relations rencontrées lors des ultimes 24 heures de Clément, il va alors découvrir qu’il ne s’agit peut-être pas d’un suicide « banal »…

La page 86

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© Nicolas Fargues / Folio.

Dès lors que Colin a décidé de suivre le parcours de Clément sur sa dernière journée, affrontant le quartier où il va au collège, les ruelles qu’il emprunte, il se frotte aux aspects socio-culturels propres à la vie de son fils dont il n’avait pas l’habitude. Durant son périple, il va faire la connaissance d’une femme, témoin de l’accident, qui doit lui remettre une feuille tombée de la poche de Clément lors de sa chute.
Ce passage, qui relate l’échange avec Ghislaine, et la lecture du poème rédigé par son fils, marque un tournant spécifique dans le récit, où Colin découvre une facette de son enfant qu’il n’imaginait pas. Retrouvant alors un semblant de vivacité, cette rencontre et l’altruisme qui émane de cette femme vont le bouleverser jusqu’à transformer ses préjugés ancrés depuis toujours.

Mon avis

Tout au long de cet émouvant roman, ce sont les sentiments et une forte émotion qui ressortent principalement, exacerbés par des tournures de phrases qui mettent en avant les descriptions réalistes. A travers des phrases assez longues et riches en énumérations, apparaît alors une sensation de mise en abîme de ce qui a disparu, comme pour garder en souvenir les moindres détails, conserver en mémoire les moments qui semblaient insignifiants. Cette surenchère de qualificatifs peut surtout tenter de faire revivre les instants d’une vie brisée pour ceux qui restent, en les aidant à supporter un deuil impossible pour un parent solitaire et dévasté.

Parallèlement, ce court roman aborde, avec un regard particulier, le monde adolescent actuel et brosse le portrait d’une génération axée sur elle-même et les apparences. De ce point de vue secondaire, l’accident tragique avec le Métro apparaît comme une sorte de prétexte à une analyse plus poussée des travers et de la perversion que renferment les relations aujourd’hui via les réseaux sociaux. Facebook, une vidéo, des critiques ou reproches faciles, voire des humiliations gratuites de la part de « contacts » camouflés derrière leurs écrans, des élans amoureux envers une (mauvaise) personne…Tant de paramètres intouchables et pernicieux dont les parents n’ont pas forcément échos et qui parviennent à détruire les ailes de jeunes adolescents plus sensibles, jusqu’à les pousser à des gestes irréversibles.

En Bref…

Avec une force dramatique et une puissance émotionnelle non-dissimulées, ce court roman livre le témoignage poignant (bien que non-autobiographique) d’une relation monoparentale impuissante face à une génération adolescente aux faits et gestes souvent incompris, et révèle sans détours la non-communication qui en résulte.

FARGUES, Nicolas, Tu verras, Folio, 2013, 189 pages.

One thought on “Tu verras – Nicolas Fargues

  1. Il a l’air poignant comme roman, c’est exactement ce que je recherche en ce moment comme lecture: un livre accès sur l’émotion, décrivant le monde actuel, sans tomber dans l’excès d’un roman à rallonge interminable. Merci pour l’idée !!

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