Reflex – Maud Mayeras

Photographe de l’identité judiciaire, Iris Baudry est discrète, obsessionnelle, déterminée. Disponible nuit et jour, elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant.
Mais une nouvelle affaire va la ramener au cœur de son cauchemar : dans la ville maudite où son enfant a disparu, un tueur en série s’est mis à sévir. Et sa façon d’écorcher les victimes en rappelle une autre…
La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex. ❞

Ma version des faits

L’histoire contée dans ce roman est celle d’Iris Baudry, une jeune photographe cabossée par les péripéties de sa vie. Rejetée depuis sa naissance par une mère considérée comme folle, a(i)mante d’un père partit trop vite, elle exerce aujourd’hui au sein de la Police Judiciaire. Chargée de passer au crible les scènes de crimes qu’elle arpente, elle procède derrière son objectif avec une minutie d’horloger afin de ne laisser aucun indice filer.

Appelée par erreur sur le repérage du meurtre d’un jeune enfant, dans la ville de son enfance, elle va devoir faire face à son passé, et ne pas se laisser submerger par les émotions que cette affaire va faire ressurgir : à savoir la disparition et l’assassinat de son propre fils, Swan, 11 ans plus tôt, dans des conditions inexpliquées.

Revenue sur les terres qu’elle avait désertées, elle va séjourner dans la maison qui l’a vue grandir, et reprendre contact avec sa mère, internée dans un hôpital psychiatrique, et sa voisine proche, Jackie Philco. A ses côtés, elle va plonger en pleine introspection et rouvrir les plaies de cet évènement qui a bouleversé sa vie, avec toutes les peines et les joies qui peuvent s’y raccrocher.

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© Maud Mayers / S.N. Editions Anne Carrière.

Durant les quelques jours qu’elle passe dans la maison de son enfance, Iris replonge dans tout son passé, et fait renaître certains faits figés de son existence ou relation oubliée. Mais certaines retrouvailles s’annoncent de mauvaises augures, comme celle de Nans Carras. Journaliste au tempérament de fouine, omniprésent pour retracer les crimes sordides qui saturent la ville et fouiller dans la vie des familles détruites, il n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal dès lors qu’il peut tirer un scoop à annoncer dans ses publications. Iris ne l’a pas oublié. Après la disparition de Swan, des mois durant il l’a filée, suivie, harcelée, avec l’idée abjecte de lui faire avouer des faits dont elle ne savait pourtant rien.

Obnubilé par une nouvelle disparition – le petit Paul Trenti -, le caractère de Nans, qui le pousse à remuer terre et ciel pour soutirer des informations, va susciter de nouvelles émotions chez Iris. Son côté « fouille-merde » va réveiller la fureur qui sommeillait en Iris, et la pousser à bout de ses retranchements dès lors qu’il aborde le sujet sensible qui la tiraille : la mort de son fils. Sa réaction est alors très forte, à la limite d’une folie esquissée, qui ne cessera de s’accroitre au fil de l’impassibilité de son interlocuteur.

Mon avis

Ce roman, qui n’est que le deuxième de Maud Mayeras, vous immerge dans une atmosphère de noirceur légèrement morbide – il faut le reconnaître-, où l’on est vite pris d’empathie pour l’héroïne. A travers la retranscription du bégaiement d’Iris, c’est aussi tout son mal-être qui ressort, qui s’imprègne et se grave en vous au fil des lignes comme une décalcomanie. A ce titre, le vocabulaire utilisé, qui exprime si bien le désarroi et l’impuissance d’une mère aimante à qui l’on a arraché l’enfant qu’elle chérissait et qui ne s’en remet pas, vous laisse imaginer toute la douleur qu’elle supporte depuis tant d’année et la rage qui la ronge petit à petit.

Ces sentiments qui ressortent du texte sont d’autant plus renforcés par le style que l’auteure a employé dans la narration. L’utilisation de la première personne du singulier, et l’enchainement de phrases courtes imposent un rythme de lecture aussi trépidant que l’exaltation d’Iris lorsqu’elle se plonge dans son travail de photographe ou s’immerge dans ses souvenirs. La précision des détails, apportés par petites touches parfois sanguinolentes et lugubres, retranscrit de manière quasi-photographique les faits et gestes des personnages et suggèrent des images à chaque phrases.

Mais au-delà du personnage principal et des rencontres qu’elle fera durant son séjour dans sa ville natale, la puissance de cet ouvrage réside principalement dans le tour de force réussi par l’auteure de vous tenir captivés, et ce malgré l’enchevêtrement de deux histoires, parallèles et totalement distinctes (ou peut-être pas tant que cela, finalement….), qui se tissent et s’entremêlent grâce à des « Silences » comme elle les appelle, intercalés un chapitre sur deux.
Ce « roman dans le roman », comme on pourrait le dénommer, relate les faits, tout aussi sombres, d’une descendance familiale que la vie n’a pas chérie. Né d’une mère handicapée, elle-même enfantée d’une mère-enfant violée pendant la Guerre, Henry Witkin est ouvrier dans une casse automobile le jour, et s’adonne à des hobbies bien particuliers dès que la nuit s’annonce…
Dès le début de cette seconde narration, retracée chronologiquement, un doute s’installe quant à un possible rapprochement entre les deux récits, sans que l’on puisse y trouver de raison apparente. Cette relation supposée va alors s’intensifier au fil des chapitres, au point de laisser planer une ambiguité sur la raison qui unirait les deux héros, jusqu’au dénouement final…qui vous laissera pantois !

En Bref…

Maud Mayeras signe ici un thriller puissant, qui vous maintient en haleine et vous aliène au fil des pages. Abordant des thèmes aussi sombres que violents (viol, inceste, homicide, infanticide et démence) avec un style (photo)réaliste et une rage perceptible, cet ouvrage agit comme un coup de poignard qui vous touchent de plein fouet et ne pourra vous laisser insensible.

Si vous l’avez-vous lu, avez-vous, vous aussi, été touché par Iris ?

MAYERAS, Maud, Reflex, Pocket, 2015, 474 pages.

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