L’immeuble des Femmes qui ont renoncé aux Hommes – Karine Lambert

Les hommes sont omniprésents dans cet immeuble de femmes… dans leurs nostalgies, leurs blessures, leurs colères et leurs désirs enfouis. Cinq femmes d’âges et d’univers différents unies par un point commun fort : elles ne veulent plus entendre parler d’amour et ont inventé une autre manière de vivre…

Jusqu’au jour où une nouvelle locataire vient bouleverser leur quotidien. Juliette est séduite par leur complicité, leur courage et leurs grains de folie. Mais elle, elle n’a pas du tout renoncé ! Et elle le clame haut et fort. Va-t-elle faire vaciller les belles certitudes de ses voisines ?
Ce roman vif et tendre oscille entre humour et gravité pour nous parler de la difficulté d’aimer, des choix existentiels, des fêlures des êtres humains et de leur soif de bonheur. On s’y sent bien.❞

Ma version des faits

Profitant du départ en voyage d’une de ses amies, Juliette, jeune femme épanouie, va la remplacer et s’installer dans son appartement parisien. Niché au fond d’une courette forte accueillante, l’immeuble ne manque par de charme mais renferme pourtant un univers tout spécifique qui ne tardera pas à calmer l’enthousiasme de Juliette : aucun Homme ne doit y pénétrer, excepté Jean-Pierre, le (pa)cha-t de l’une des 5 locataires !

Si l’originalité du lieu ne réside pas qu’en cette simple règle, il relève également des différents « phénomènes » qui y logent : entre Giussepina, la Sicilienne marquée à jamais par le machisme de ses frères; Simone, ancienne aventurière Vosgienne éprise d’un étalon trop fougueux et Rosalie, professeur de Yoga à la sagesse imprable, les résidentes constituent un vrai melting-pot humain, chapeauté par une « Reine », Stella, ex-danseuse étoile de 75 ans meurtrie dans son roof-top du 5ème étage, qui refuse de se voir vieillir et supervise la vie de son immeuble et celles de ses locataires.

Chacune avec leur personnalité, ces femmes transforment le bâtiment en une ruche protectrice qui leur tient à coeur et tissent les liens d’une amitié qui n’a d’égale que le dévouement qu’elles se portent mutuellement. Mais la jeunesse et la naïveté de Juliette va venir remettre en cause toute la discipline qu’elles s’imposent…pour le pire comme pour le meilleur !

Mon avis

Avec le décor qui est implanté dès les premières pages et les présentations des personnages féminins établies tour à tour, Karine Lambert permet au lecteur de s’ancrer très rapidement dans l’histoire, et l’invite instinctivement à faire le tour du propriétaire. Ce ressenti se développe assez rapidement, et les descriptions des femmes, leurs vécus, et surtout la fraternité qui les lie les unes aux autres, témoignent d’une sincérité touchante et d’une humanité plaisante à découvrir. A travers les caractères de chacune des résidentes, et le visage assez sombre de la Reine, qui réfute le temps qui passe et les probables dégâts qu’il engendre sur elle en la cloitrant dans son passé idyllique ; c’est toute une vision des relations actuelles qui est dépeinte, avec ses faiblesses, ses états d’âmes, et surtout une valorisation des rapports humains, qui tendent peu à peu à se dénaturer dans la société d’aujourd’hui alors qu’ils peuvent être vecteurs de nombre de choses positives. La cohésion de ces femmes est telle qu’elles finissent par se soutenir dans les blessures qu’elles ont eu par le passé et à se battre ensemble pour ne pas « replonger ».

Sans tomber dans des excès rébarbatifs, et bien que l’auteure agrémente son écrit avec des touches d’humour et une légèreté disséminées au fil des lignes, il n’en reste pas moins que les faits sont abordés, à mon goût, de manière assez superficielle et les personnages caricaturaux, là où le fond de l’histoire s’avère pourtant être suffisamment porteur pour éveiller la curiosité et maintenir l’attention du lecteur sans ennui.

Même si je m’attendais un peu à un autre récit en lisant cet ouvrage, les enchainements de situations, qui s’alternent avec les descriptions des colocataires, et permettent de voir la « Vie » qui se déroule dans le bâtiment, n’est pas sans me rappeler certains passages d’Espèces d’espaces, de Georges Perec, qui déroule avec une multitude de détails toute l’effervescence et le foisonnement d’énergies contenus au sein d’un immeuble, à travers la multiplicité de personnalités qu’il renferme.

Avec une écriture fluide et un vocabulaire simple, cet ouvrage reste tout de même un petit rayon de soleil qui se lit assez rapidement et redonne le sourire malgré ses quelques défauts !

En bref…

Dans la froideur et le silence des cages d’escaliers des immeubles d’aujourd’hui, ce roman contraste largement par le ton enjoué et la bonne humeur de la vie « communautaire » qui s’y développe. Malgré un léger manque de profondeur des propos, il dégage une bienfaisance qui laisse à croire qu’un monde de cohésion existe (encore) et que les relations de voisinage peuvent être épanouies et sincères. Un petit bol de fraicheur et de laisser-aller qui fait du bien au milieu de la noirceur des actualités !

LAMBERT, Karine,L’immeuble des Femmes qui ont renoncé aux hommes, Editions Michel Lafon, 2014, 213 pages.

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