Julien Doré – &Tour – Zénith de Nantes

Après avoir écumé une quinzaine dates au fil de show-cases pour la présentation de son nouvel album, &, quelques semaines après sa sortie, Julien Doré part à la conquête des Zéniths de France. C’est entouré par la même équipe de musiciens, complices et partenaires dans la composition des titres, qu’ils sillonnent les routes pour donner vie à cette Esperluette emplie d’émotions.

Retour sur une soirée hors du temps, à Nantes…

Enthousiasme & découvertes

Après la (trop) courte prestation du groupe Omoh, dont la pop-électro est déjà connue des fans de Julien Doré, l’attente se fait longue pour les quelques dizaines de personnes qui scandent le prénom du chanteur, espérant le faire venir plus rapidement. Et alors que les lumières qui enserrent la scène restent allumées, la pénombre prend place dans la salle. Un sursaut lumineux accompagne l’ébauche d’une intro au piano, qui résonne puis se tait. L’incompréhension gagne la salle, mais le calme reprend son cours jusqu’à ce qu’un second élan musical s’esquisse, chassé aussi vite par une nouvelle minute de silence. La tension monte, on sent bien qu’un jeu est en place, faisant trépigner d’impatience les premiers rangs comme les gradins. Une 3ème note de piano retentit, prolongée cette fois par d’autres accords et accompagnée d’une douce lumière blanchâtre qui inonde l’estrade. Les éclairages quittent la salle pour s’emparer de la scène, que la Team de musiciens a déjà rejointe, chacun installé derrière son instrument.


Les sonorités douces de Porto-Vecchio se répandent en une longue introduction, laissant tout le loisir au public de prendre connaissance de la scénographie épurée qui s’illumine. Puis le rideau central s’élève, dévoilant le même « & » évidé que la pochette de l’album, au milieu duquel Julien Doré apparaît, radieux et souriant. Descendant la rampe qui l’amène au devant du public, le show peut commencer, pour 1h30 d’émotions mêlées.


La chanson à peine terminée, le noir retombe, laissant le chanteur dans une pose de DAB anecdotique, avant qu’il ne prenne la parole, bercé d’une lumière unique pour un tête à tête avec son public, « les yeux dans les yeux ». Non sans une touche d’humour, il annonce la tendance de la soirée, où « l’Amour sera notre parapluie », clin d’œil sarcastique au temps exécrable qui a régné toute la journée. Mais qu’en faire, abrités dans cette salle où se tiennent 8 000 âmes, la température s’élève déjà, et c’est dans une ambiance bleutée apaisante que l’on se dirige vers Le Lac, dont le refrain envoûtant est repris avec engouement par le public, qui ondulera ensuite sous le tempo plus marqué d’une Moonlight Sérénade aux lumières rosées.

Le ton est donné, et les notes sucrées de Beyrouth Plage font monter l’ambiance d’un cran encore, sous les déhanchés d’un Julien qui s’amuse avec les images de lui-même projetées dans le « & » du décor et qui n’hésite pas à descendre dans la fosse pour traverser le Zénith et déambuler dans les gradins, avant d’emporter le public dans une chenille humaine lui permettant de rejoindre la scène.

A bout de souffle et joyeusement décoiffé, il s’ose à taquiner le public avec humour pour ses qualités peu probantes en danse. Enchainant sans attendre sur un rythme tout aussi ondulant, Coco Caline n’en finit pas de faire bouger le chanteur dans des pas chaloupés qui l’entrainent vers son « & » clignotant. Jonché au-dessus de ses acolytes, ses dandinements accompagnent le lever des deux rideaux latéraux, qui dévoilent, au gré du tempo plus soutenu de la fin du titre, les rangées de projecteurs qui vont transformer la salle en dance-floor pour l’explosion du final de la chanson qui portera la foule en ébullition.

Si elle n’était pas encore acquise et conquise, les accords de Chou Wasabi finiront de convaincre l’assemblée de se laisser aller en osmose aux chœurs sollicités par Julien sur le refrain et pendant la longue conclusion de la chanson, où toute l’énergie dont il fait preuve est une nouvelle fois démontrée.

Choeurs & douceur

Un bref interlude, comme une pause bien méritée s’immisce, permettant d’installer le piano qui servira de fil conducteur pour la suite du show. Toujours avec l’humour qui le caractérise, Julien improvise et apprivoise la salle pour la convertir en une chorale géante, où, d’une même voix, les spectateurs l’accompagnent pour reprendre les « Don’t be affraid » du magnifique Magnolia, interprété dans un piano-voix émouvant. Rejoint sur le second couplet par son équipe, revêtue du même blouson de jean affublé du loup emblématique de l’album, la chorale prend vie sous l’effet des instruments.

Présentés tour à tour par Julien, qui ne tarit pas d’éloges ni d’anecdotes sur ses compagnons de scène, la douceur du set acoustique s’estompe au travers d’un Winnipeg bondissant et euphorisant.

Malgré sa chevelure capricieuse, et accompagné du ukulélé qui a fait sa renommé, Julien prolonge la folie par son premier succès, Les Limites, qui seront loin d’être atteintes à ce stade de la soirée. Le public est aussi enflammé que les joues de la petite demoiselle qu’il convie sur scène pour le refrain final, et ce n’est pas la chorégraphie de bras levés de Kiss Me Forever qui va changer la donne. La pluie a fait place aux tropiques à Nantes ce soir, c’est incontestable !

Un court moment de répit s’établit, le temps d’une chemise (re)passée en coulisse et Julien réapparait pour dénuder la jolie Romy de ses arrangements originaux et la livrer en toute simplicité, en un piano-voix sensible et délicat. Accompagné par Julien Juno au piano et Darko à la guitare sèche, le public ajoutera sa voix pour un final émouvant de « Lalalala-la »(pardonnez-moi les fausses notes…!) qui ne laissera pas l’artiste indifférent, l’amenant à s’installer au bord de la scène pour en profiter plus pleinement.

L’émotion est palpable, et plânera encore un peu dans la salle devenue si intime sous les notes d’Eden, que la scénographie rend bouleversante à travers les éclairages latéraux et l’ambiance brumeuse qui se répand sur la scène. Si la chanson démarre en piano-voix, les instruments ne tardent pas à s’ajouter pour apporter une force et une profondeur nouvelle à ce titre, le transformant en un instant poignant et monumentalement plus intense que sur l’album. La lourdeur de la batterie et la puissance des guitares sur la terminaison de la chanson amènent à une transe partagée entre les musiciens et les ingés-sons derrière leurs platines. Personne ne peut rester insensible à ce titre et la claque scénique qu’il inflige.

Le souffle est court et coupé, les esprits n’ont pas le temps de s’en remettre que l’ambiance pesante se radoucit avec le très intimiste Sublime et Silence. Dans une atmosphère noire-violacée, auréolé d’un halo blanc sobre et élégant, Julien reprend place derrière son piano central, dont le couvercle est ouvert pour laisser s’échapper de la fumée, en adéquation avec les projections du clip dans le « & » d’arrière plan qui apparaitront au fil de la chanson.

Accompagné par le reste des musiciens sur la fin de la chanson, l’enchainement se fait naturellement vers la froideur d’On attendra l’Hiver, où le chanteur abandonne son instrument pour évoluer avec fougue et machoire serrée au devant de la scène pour (dé)clamer les paroles, avant d’envoyer valser son piano au gré des mouvements d’une danse dramatique qu’il lui impose.

C’est le cœur plus léger et la scène vidée qu’il revient s’adresser au public, en un long monologue « sur-mesure », déclamé sous les notes de piano.

« Il y a parfois des villes où, au fil des tournées, on amène de nombreuses fois sa musique, ses textes, son ressenti. Il y a des villes qui comptent parfois plus que d’autres, et on ne sait jamais vraiment pourquoi. Il y a des moments où, quelques heures avant de monter sur scène, on est bien plus stressé que parfois et on ne sait jamais vraiment pourquoi.
D’un point de vue musical et artistique, cette ville, ici, ce coin, cette région, je la connais mine de rien plutôt pas mal et j’y ai laissé quelques moments, que ce soit au travers de quelques images ou évidemment au travers de quelques concerts dont je me souviens beaucoup. J’étais forcément inquiet de changer les habitudes de ma musique et sans doute un petit peu le nombre de vos yeux autour de celle-ci, avec celle-ci, contre celle-ci. Mais je crois pouvoir vous dire que cette peur-là, du moins à ce moment-là, je ne sais pas ce qu’il en sera après et je ne me souviens plus vraiment de cette peur avant de monter sur scène, cette peur-là elle s’est joliment évaporée quand j’ai commencé à vous parlé de brume, de pluie, de je-ne-sais pas quoi, mais ce qui est tombé de là-haut, pour moi, c’est votre ressenti, alors du fond du cœur Merci . »

Les notes de piano commencent à entamer la fin du discours et se font plus puissantes, avant que Julien n’interprète Mes sombres archives, dans un fond de lumière rouge oppressant et intense. Rejoignant son piano central pour terminer le titre avec une énergie et une force transcendante, la mise en scène prend une nouvelle dimension, sous le mouvement des plateformes mobiles et l’utilisation des dispositifs lumineux jusque-là inexploités. La lourdeur du titre se ressent et se répand dans la salle, pour une fin en apogée qui laissera le public et le « groupe » haletant.

Essouflés, mais pas encore vidés, les 6 garçons et Julien se rejoignent au-devant de la scène pour saluer un public, vibrant et vivant, prêt à continuer la soirée pendant quelques titres encore.

Rappel & surprises

Les acclamations auront raison de Julien tout d’abord, qui reviendra, tout sourire, s’installer à côté du piano occupé par Juno, pour reprendre un titre de son précédent opus, Mon apache, dont les notes douces et plânantes agissent comme une pluie délicate sur le public, doucement recouvert de plumes virevoltant dans les airs. Le moment est doux, bercé par les lumières qui se tamisent progressivement. Le chanteur esquisse un nouveau départ de scène, qu’il suspend pour revenir sur ses pas, et prendre place à son tour à son piano central. Le public, ravit, ne refusera pas de reprendre les paroles alors que les 6 musiciens reviennent derrières leurs instruments le temps d’une dernière Caresse dont on ne se lasse pas.

 

Les lumières de la scène se rallument et se teintent de couleurs chaudes aux premiers accords de Paris-Seychelles, redonnant du pep’s à toute la salle. L’ivresse est à son comble sur le refrain, repris en écho par les spectateurs, et alors qu’on pensait Julien à bout, il sort une dernière cartouche de sa besace, et reste plein de ressources pour un final en apothéose, où, casque doré sur la tête, jonché sur sa mini-moto emblématique, il boucle le show en dévalant la rampe de l’estrade pour une dernière entrée fracassante et irréaliste.

 

Parcourant une dernière fois la scène au rythme du refrain scandé par le public, les 7 comparses reviennent saluer une dernière fois la foule avant de s’engouffrer dans le « & » lumineux qui rayonne d’un nouveau feu.

Mon avis

Si le charme de la voix suave du chanteur n’opère pas sur toutes les oreilles, il est indiscutable que ses prestations scéniques ne laissent personne indifférent. Et ce n’était pourtant pas gagné en décidant de jouer son nouvel album en quasi-intégralité et de délaisser ses 3 précédents opus. Mais il réussit ce pari avec brio, en proposant des enchainements de titres qui se complètent et se mélangent grâce à leurs sonorités parfois remodelées mais surtout grâce aux mises en scène, où chaque chanson possède son univers plastique et lumineux.

A travers le « & » symbolique, qu’il définit comme le lien entre les éléments, se trouve le vrai fil conducteur de tout le show, étincelant et réagissant au doigt et à l’oeil (les claquements de doigts sur Le Lac le font virer du bleu au rouge, magicien ce Julien !). Parfois sobre à la lumière discrète, tantôt éclairé de couleurs éclatantes et servant de cadre aux projections vidéos ou d’estrade pour un Julien qui joue du renfoncement qu’il propose et de la hauteur scénique qu’il procure, ce décor est à lui seul un spectacle, un paquet cadeau autour du groupe qui s’affaire. Car, même si l’Artiste porte seul ce concert à l’affiche, l’osmose qui se dégage entre les 7 « gars » est bien réelle et les regards bienveillants échangés tout au long de la soirée ne peuvent qu’en témoigner, tout comme la place que Julien leur laisse en s’éclipsant sur certaines intros ou fins de chansons. Ils sont heureux de rendre le public heureux, et ça fait du bien de voir autant de sincérité !

En Bref…

Si pour chaque album le chanteur fait appel à un animal iconique (on se souvient du lion de LOVE ou du petit Bichon éponyme), le choix du loup pour celui-ci n’est peut être pas si anodin : entouré de sa meute de musiciens, Julien Doré enserre la salle dans ses griffes pour s’amuser à construire, chaque soir, une soirée unique où il prouve avec brio toute l’ampleur de ses talents.

Les photos ont été prises à Rouen, Nantes et Angers, ce qui peut expliquer les divergences dans les tenues.
Vous pouvez trouver toutes les dates et billets de la tournée dans les points de vente habituels, et sur le site officiel de Julien Doré.

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