Journal d’un Vampire en pyjama – Mathias Malzieu

Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue.
Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent.
Quand la réalité dépasse la (science-)fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi.
Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon coeur.❞

 

Ma version des faits

A l’aube de la sortie du film Jack et la Mécanique du Coeur, et en plein tournage du clip de présentation, Mathias, habitué à de folles cabrioles, se trouve déboussolé et amoindri. Par acquis de conscience, il se rend dans un laboratoire pour une analyse de sang qu’il pensait anodine et rassurante. Mais le verdict tombe…Ce n’est pas une simple fatigue liée au surmenage de cet homme-artiste qui ne se pose jamais plus d’une respiration, mais une maladie du sang qu’il a développée et pourrait l’entraîner loin de la scène.
Au fil des jours, il raconte sans pudeur le combat qu’il mène contre la maladie et Dame Oclès, chimère voulant sa peau, qui joue avec sa santé mentale (et morale) en l’attirant dans ses filets à la tombée de la nuit ou chaque moment où les doutes s’emparent de lui .

Mon avis

Avant d’aborder le roman, il est indispensable de parler de l’objet lui-même. Habituée aux couvertures plastifiées des livres de poche, il n’en est point question ici. Lisse et douce, elle est faite d’un papier mat. A la façon d’un texte en braille inscrit en surimpression, les auteur et titre de l’ouvrage sont retranscrits par des petits points laqués, finition délicate faisant ressortir également le petit personnage à tête de coeur (Heartman) en bas à droite, créé par Mathias lui-même.

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Et si le livre se touche, il va vous toucher également. Difficile en effet de rester insensible à l’histoire qui se déploie au fil des lignes, cette (més)aventure que Mathias a vécue et qu’il décrit. A la manière d’un journal intime, il nous laisse pénétrer dans les abîmes de sa vie – parfois privée -, et nous fait partager ses ressentis. On se galvanise des petites joies qu’il peut trouver dans les gestes simples retrouvés lors de ses sorties d’hôpital et on sombre avec lui sous ses mots lorsqu’il évoque l’éventualité d’une fin possible.

Loin d’être de l’empathie conçue de toute pièce, les émotions qui émergent au fil de la lecture sont intimement liées aux propos relatés par Mathias, et la façon dont il les conte. A sa manière, il va vous faire passer du rire aux larmes et des larmes au rire grâce à son style si particulier, tout composé de métaphores poétiques et références atypiques. Avec humour et force de jeux de mots dont il a le secret, il vous immerge dans son monde de petit « grand enfant » qui évolue au milieu des skateboards, vampires, western et rock’n’roll, et vous entraine dans le réconfort des bras amoureux de sa Rosie-Betty Boop ou au trépas de ses rêveries où rôde Dame Oclès et son épée aiguisée.

Chapitre après chapitre, au gré des titres subtilement choisis, les anecdotes et rebondissements esquissent de façon onirique l’univers hospitalier qu’il a côtoyé durant un an. Sous forme d’une reconnaissance non-dissimulée, il souligne à plusieurs reprises, et avec une sincérité touchante, un respect envers les « Nymfirmières » (comme il les appelle) et le personnel des équipes médicales qu’il a pu rencontrer et qui lui ont sauvé la vie.

Mais cette plongée dans les journées de l’artiste révèle également une partie souvent cachée de la création artistique. Enfermé dans sa chambre stérile ou niché dans le siège-œuf de son « appartelier », il utilise sa force créative comme bouée de sauvetage et remède à la morosité, et divulgue les coulisses des premières compositions pour le nouvel album de son groupe, Vampire en pyjama. L’envers du décor ainsi dévoilé, et quelques titres disséminés au fil des lignes, laissent à percevoir combien une passion peut être salvatrice et régénératrice.

En bref…

Mathias n’est pas un vampire mais plutôt un Phoenix, qui renait des cendres d’une maladie dans laquelle il aurait pu y laisser des plumes. Et c’est avec la plus belle d’entre elle qu’il signe ce magnifique journal autobiographique, en guise de témoignage poignant d’une reconstruction progressive marquée par l’amour et la passion bienfaisante envers la musique.


Non-indispensable mais toutefois complémentaire, l’album dont il est fait mention dans le livre est pour le moins à écouter. Une chronique en parle juste ici.

MALZIEU, Mathias,Journal d’un Vampire en pyjama, Albin Michel, 2016, 240 pages.

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