Interstellaires – Mylène Farmer

Parmi les chanteuses françaises connues et reconnues, il en est au moins une qui n’est plus à présenter : Mylène Farmer. Auteure, co-compositeur et interprète à la voix sans pareille, elle a su construire au fil de sa carrière une image marginale qui lui est propre et lui a permis de séduire et acquérir un public fidèle.

PH&PO-MylèneFarmer-Interstellaires-1 © Ralph Wenig, photo officielle.

Après avoir connu un succès phénoménal, en collaborant avec Laurent Boutonnat, elle a décidé de voler de ses propres ailes et s’entourer de nouvelles équipes pour ses 3 derniers albums, rencontrant un succès bien plus mitigé. Ce 10ème opus, réalisé sur ces mêmes bases renouvelées et en association avec Martin Kierszenbaum semble pourtant rallumer la flamme du public, avec un accueil en tête des ventes dès sa sortie, le 6 Novembre dernier.
En route pour un voyage d’exploration interstellaire, en 11 arrêts dans les étoiles….

Silence ! Ecoute….

L’album commence très fort, avec la chanson éponyme Interstellaires toute en puissance, où les guitares et les mesures de batterie sont très présentes. Non sans rappeler certains de ses anciens titres comme l’Instant X ou California, le refrain est très entrainant et énergisant avec ses allures de gimmick. Mais l’enchainement avec la ballade Stolen Car fait retomber la sauce comme un soufflé. Cette reprise interprétée en duo avec Sting, connue depuis cet été puisque sortie en guise de prélude à l’annonce de l’album, excelle surtout par la belle association entre leurs voix suave et frêle, qui se révèlent assez complémentaires. La basse très marquée sur le refrain et les quelques sonorités « DJ » signées The Avener confèrent une ambiance apaisante au morceau.

Stolen Car, premier extrait de l’album interprété en duo avec Sting.

A travers un mélange de pensées bigarrées (« La vie ne vaut rien, Mais rien ne vaut la vie »,« Nul besoin de barreaux, de croix, on s’enferme tout seul parfois ») déclamées comme un slam scandé, et le chant tout en aigus du refrain où seul le piano prédomine, A rebours est un titre plus mitigé, replongeant avec noirceur dans l’identité qui a fait la renommée de l’artiste.

La quatrième piste, C’est pas moi, applique une nouvelle touche de gaieté au voyage, au travers de rythmes plus électro habilement assemblés sous forme d’une ritournelle immanquablement entêtante. La basse en arrière plan et les nappes de synthés éloquentes témoignent de sonorités plus controversées, qui disparaissent progressivement pour laisser place à une atmosphère douce et mélancolique sur Insondables. Dévoilé juste avant la sortie de l’album, ce titre lent aux violons mélodieux s’accompagne d’un clip mettant en avant nombre de symboles témoins de la carrière de la chanteuse.

Insondables, vidéo-clip réalisé par Eve Ramboz et Annie Dautane.

Love Song s’ensuit, nappée de sons clairs et cadencés qui débouchent en une envolée dominante de guitares lourdes et batteries, et la voix de Mylène plus haut perchée encore. Une vraie puissance se dégage du refrain, qui présage de bons moments de live comme elle sait en procurer à ses fans.
Les tempos dansants et la batterie omniprésente se poursuivent sur Pas d’access, avec des sonorités electro plus particulièrement perceptibles dans les instrumentaux au premier plan.

L’effervescence retombe malheureusement vite, avec l’enchainement d’un titre en piano-voix. I want you to want me, intégralement en anglais, surprend par son ton enjouée malgré une mélodie très douce et l’ajout d’accords aériens en fin de chaque phrase, soulignant l’accent surfait et peu naturel qu’emprunte Mylène dans la prononciation.

Les mesures délicates et délicieusement planantes se prolongent sur les dernières ballades, avec Voie Lactée d’abord, puis City of Love, où les paroles très posées et nouvellement positives prennent une dimension plus intense en renforçant les notes mélodiques par des choeurs subtils au moment des refrains entrainants.

Cette même fragilité dans la voix de Mylène se retrouve sur le morceau Un jour ou l’autre, qui clôture d’une belle façon cet album. Par son rythme apaisant et l’intervention progressive des instruments philharmoniques, ce dernier titre laisse une empreinte remplie d’émotions après les 40 minutes d’écoute.

PH&PO-MylèneFarmer-Interstellaires-2© Ralph Wenig, photo officielle.

Mon avis

Ce nouvel album signe un beau retour de l’artiste sur le devant de la scène, avec des chansons qui lui ressemblent davantage que ses derniers opus et directement inscrites dans la lignée de ses premières productions. Il peut être perçu comme un voyage, une plongée dans des atmosphères positives et lumineuses, faites de sensations multiples et palpables d’un titre à l’autre, mais finalement sans vraie constance à mon goût.

Certaines pistes peuvent ainsi être largement appréciées, tantôt par des tonalités qui détonnent et une voix « forte » qui nous entraine sur des terrains qu’on lui reconnaît avoir déjà empruntés mais qui fonctionnent parfaitement, ou à travers la prise de risques avec des sonorités moins habituelles mais toutes aussi transcendantes. D’autres chansons, plus douces ou aux refrains aériens, nous ramènent au « style Mylène » pur : une voix haut placée mettant en valeur une plume calibrée faite de métaphores et références multiples.

A contrario, certains titres, aux harmonies mélancoliques et bien que touchantes, ne décollent pas et apportent une ambiance pesante, renforcée par un enchaînement des pistes dans un ordre parfois peu flatteur. Dommage !

En bref…

Si les derniers albums de l’artiste ont pu recevoir un accueil mitigé lié à leurs sonorités déconcertantes et assez impersonnelles, il me parait plus évident qu’avec Interstellaires, la belle rousse renoue avec le style qui a fait sa renommée. Témoignant d’une sorte d’apaisement dans les textes plus lumineux, cet opus ne manquera probablement pas de la propulser une nouvelle fois dans les étoiles parmi lesquelles elle brille déjà.

L’album Interstellaires est disponible chez les distributeurs.

One thought on “Interstellaires – Mylène Farmer

  1. ça n’a jamais été « MA » chanteuse favorite, mais ses chansons s’écoutent très facilement selon moi. Je pense qu’elle touche un public assez large et sur ce dernier album j’ai vraiment beaucoup aimé sa chanson avec Sting. A côté de ça j’aime bien aussi « C’est pas moi » et « Un jour ou l’autre » sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi. Les goûts et les couleurs.. il en faut pour tout le monde. Ce n’est pas des chansons que j’écouterai en boucle mais tomber sur l’une d’entre elles de temps à autre fait toujours du « bien ». Une grande artiste pour moi qui a su (et qui sait toujours) tenir dans le temps et proposer des chansons très singulières (autant au niveau de l’écriture, du rythme et de la voix).

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