Une soirée au Festival de Poupet – Kiz/Calogero

Au fin fond du monde – enfin de la Vendée -, au milieu du bocage vallonné, existe un petit village dénommé Saint-Malô-du-Bois. Depuis 29 ans, ce territoire calme et verdoyant en bordure de la Sèvre Nantaise accueille un évènement peu commun : le Festival de Poupet. Peu commun car, contrairement aux autres rassemblements majeurs qui ponctuent nos étés, ce « festival » s’étend sur plus de 10 soirées réservées à une élite : les 3.000 petits chanceux qui auront réussi à s’arracher les places de chacun des concerts.

Chaque année, la programmation réserve quelques soirées déjantées (initiées depuis 1 an et dénommées « Poupet déraille »), et de jolies surprises, avec de prestigieuses têtes d’affiche qui aiment à venir dans cette manifestation dont l’échelle humaine est à la hauteur de l’ambiance amicale qui y règne.

Cette convivialité ne peut qu’être exacerbée par le cadre unique dans lequel se déroule les représentations : une scène de 200 m² couverte d’une toile tendue, qui domine un vrai théâtre de verdure. Des gradins et paliers successifs sont en effet implantés dans la pente naturelle du terrain, se déroulant en pente douce jusqu’à droit de la scène. Le résultat est optimal et tel que, quel que soit le placement, la vue et l’acoustique reste largement ouverte et imprenable sur la scène, et une proximité, voire intimité, se créent aisément entre les Artistes et le public durant les spectacles.

Une mise en bouche artistique

En guise d’avant-goût à la soirée qui attend le public, une nouveauté du Festival cette année est d’avoir demandé à Erik Black Painting* de réaliser une oeuvre in-situ et propre à chaque soirée. Et le résultat est plus que bluffant!

Sur une grande toile tendue noire et à l’aide de colle, ce performer détaille, à coups de pinceaux bien placés, une forme en négatif. Après quelques minutes à s’affairer et un jeté de paillettes argentées, le portrait de la tête d’affiche du jour se dévoile, scintillant sous la lumière. Aussi magique qu’impressionnant à voir !

Une première partie délirante

Passées ces émotions picturales, place est faite à la musique, avec l’entrée en scène d’un petit groupe parisien : KIZ** de leur nom – Zik à l’envers, mais pas besoin de vous faire d’explication de texte. Ces acolytes sont emprunts d’une originalité musicale qui ne serait pas sans faire pâlir leur (presque) homonymes anglo-saxons des Kiss (si tant est qu’on puisse faire plus blanc que leur maquillage !).

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D’un style naviguant entre pop et électro, alliant des tempos « lounges » à des rythmes plus enjoués réalisés à partir de sonorités uniques issues d’une machine à écrire, d’une cafetière ou d’une sonnerie de téléphone, leurs compositions s’arment de paroles fraîches et dynamiques.

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Ce duo, devenu quatuor pour l’occasion, ne manque pas d’enthousiasme pour chauffer le public et l’entrainer dans leur univers décalé. Un cocktail délirant et sans prise de tête qui fut une très bonne découverte et mérite d’être plus largement connu !

Calogero, ou la pluie de tubes

Entré en scène sous une ovation du public, Calogero monte s’installer au plus haut du décor, débutant son concert comme commence son dernier album. Fidèle à lui-même et à la pochette, basse accrochée à l’épaule, on peut déjà prendre conscience de l’ampleur de l’énergie qu’il va l’animer tout au long de la soirée.

Tout juste redescendu de son « estrade » vertigineuse, c’est avec Pomme C qu’il fait monter l’ambiance d’un cran. Souriant à souhait, et visiblement très à l’aise d’être là, il offre une avalanche de tubes durant presque deux heures, alternant titres de son nouvel opus et standards plus anciens. A l’image de La Bourgeoisie des Sensations et Prendre racine, qu’il poursuit avec son dernier single Avant toi.

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Alternant présence en bord de scène, à la basse ou la guitare, et montée à toute allure jusqu’à son piano installé en surplomb du théâtre afin « que tout le monde puisse [le] voir » avoue-t-il, il ne manque pas de couver le public avec ses attentions et ses regards, et l’assagir le temps de brosser un Portrait, où toute la puissance des paroles emporte le théâtre de Poupet dans une ambiance douce et mélancolique.

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Peu bavard depuis le début de la soirée, Calogero prendra le temps d’expliquer sa collaboration avec Dominique A pour l’écriture du titre suivant, La fin de la fin du monde, sur laquelle il n’hésite pas à faire chanter fosse et gradins.

Redescendu au devant de la scène, c’est avec un discours touchant qu’il introduit son futur single, J’ai le droit aussi :
« Quand j’étais petit, on me montrait des personnes en me disant « celui-là il est gai, celui là aussi il est gai »,… Et moi je ne comprenais pas pourquoi il y avait autant de gens tristes. Et aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi il y a des gens tristes qui veulent pas que les autres soient gais » **

Nouvelle prise de hauteur pour rejoindre son piano et interpréter une chanson qu’il a offerte à Florent Pagny, Le Soldat. Sa voix monte autant dans la gamme que lui dans son décor, et c’est toujours perché sur les amplis qui servent de scénographie qu’il entonne un échauffement de voix « à la sicilienne », muni de sa guitare sèche. Le public sourit, apprécie, et ne manque pas de reprendre les paroles de C’est dit. Nous sommes ses amis, ce soir, et ses choeurs aussi…

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Revenu au devant de la scène, la descente est rude et marquée par une absence passagère : un petit trou de mémoire, qui le fera sourire, le public aussi ! « C’est ça de vouloir jouer sans prompteur !!…(…)….Mais ça va revenir…! » Et après quelques accords gratuits, c’est reparti sans fausse note pour le Passage des Cyclones.

Et c’en fut un ! Une énergie débordante s’empare de tout le public, mains levées et fosse sautillante, la tempête électrique prénommée Calogero s’abat sur Poupet et ne s’évaporera qu’après l’enchainement de quelques titres qui ont fait sa renommée : Elle me manque déjà, Aussi libre que moi et Face à la Mer. La folie et l’enthousiasme nous entraînant jusqu’En apesanteur, sans que l’on demande nos restes.

On redescend doucement pour une dernière chanson, scandant sans mal les paroles unificatrices du refrain d’Un jour au mauvais endroit….
C’est dans ce même élan et avec cette même union que le rappel résonne, ne manquant pas d’être honoré. Calogero, revenu seul à la guitare, pour offrir un Si seulement je pouvais lui manquer, est rapidement rejoint par ses musiciens pour Yalla, repris par un public emplit d’espoir.

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Une dernière élévation jusqu’à son piano, pour clôturer en beauté le concert comme l’album, via les mélodieux Feux d’artifices. L’intermède de la chanson laissant le temps à l’artiste de redescendre et empoigner sa basse lumineuse pour une dernière explosion d’euphorie. Le public reprend son souffle pendant le salut final, qui s’éternise en un plaisir partagé.

Difficile de se quitter après une telle soirée, et un énième rappel restera en suspens dans le théâtre, des scintillements dans les yeux de chacun.

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En bref…

Pas de chichi ni de superflu, une énergie incroyable déployée tant par les artistes que les équipes organisatrices, dans un cadre verdoyant et intimiste. Voilà ce que vous promet le Festival de Poupet, et vous ne risquez pas d’être déçu par la marginalité de ce festival qui a sa propre identité !


*Vous pouvez en apprendre davantage sur le performer Erik Black et son équipe, à travers leur site
** Vous pouvez retrouver le groupe KIZ sur leur site et suivre leur actualité sur les réseaux sociaux.
*** Retranscription non exhaustive, avec toutes les subtilités grammaticales qui l’accompagnent !

2 thoughts on “Une soirée au Festival de Poupet – Kiz/Calogero

  1. Cher(e) PapilleHotOn !!
    C’est par hasard que je découvre votre blog (recherche google image !) et je viens vous remercier, d’avoir publié quelques lignes à mon sujet lors de ce très beau concert de Calogero au Festival de Poupet cette été.
    Merci pour votre présentation et votre analyse. Cela me touche beaucoup.
    Au plaisir peut être de se rencontrer à nouveau…
    Bien amicalement

    1. C’est avec plaisir que je vous ai mentionné ! Votre travail est vraiment très impressionnant, et en tant qu’ancienne étudiante d’arts mais piètre portraitiste, je reste ébahie par votre capacité à recréer des portraits « de tête » et avec autant de ressemblance.
      Je viendrai vous voir avec joie lors de future représentations,
      A tout bientôt !
      Caroline/Papille Hot-On

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