13 à table – Version 2016

Les plus grands auteurs de la littérature contemporaine ont pris cette année encore leur plus belle plume pour vous concocter un délicieux recueil de nouvelles autour d’un thème : frère et soeur.
Ceux qui s’aiment, ceux qui se détestent…Souvenirs d’enfance, vie commune, haine larvée ou avouée, à chacun se recette.
Douze fratries à découvrir sans modération. ❞

Ma version des faits

La raison de cet ouvrage est clairement explicitée en couverture : 1 livre acheté = 4 repas distribués !
La cause est noble, et ainsi, depuis l’an dernier, un groupe de 12 écrivains aux succès actuels se réunissent pour écrire chacun un texte court abordant une thématique commune. Si lors de la précédente édition, le choix du sujet s’était inévitablement porté sur la notion de « repas », cette fournée fait place à l’esprit familial si cher aux fêtes de fin d’année, en invitant les auteurs à composer autour du thème des frères et sœurs.

Et visiblement, cela a inspiré les participants ! Chacun à leur façon, avec leurs mots et leurs styles, ils ont posés leurs plumes pour offrir des textes aussi divers que variés.

 

Cent balles, Françoise BOURDIN

L’affection que peuvent se porter 2 frères n’est pas toujours aussi franche et marquée qu’il peut y paraître, et elle doit parfois passer au travers des différences de caractères et exaspérations pour finalement laisser place à une complicité cachée et/ou inavouée.

Le texte est bien ficelé, ses aboutissants courus d’avance, mais il peut illuminer votre journée rien qu’à la lecture du dénouement !

 

La Seconde Morte, Michel BUSSI

Deux sœurs : l’une à qui tout réussi, et l’autre qui jongle pour arriver au même niveau. Une même passion qui les anime, jusqu’au jour où les masques tombent sur le lien fragile qui les unit.

Comme à l’habitude de l’auteur, une tension apparaît dès le début du texte, et maintient en haleine tout au long de la lecture, jusqu’au dénouement final, sobre et totalement inattendu. Le sujet des affres de la jalousie au sein d’un duo est relativement poignant, et suffisamment bien décrit pour que l’on puisse s’y identifier !

 

Ceci est mon corps, ceci est mon péché, Maxime CHATTAM

Au travers de meurtres prémédités en forme de vengeance, un serial killer prend des allures de “justicier” pour semer le trouble dans différentes contrées et mettre à jour de façon morbide et assez glauque des liens de filiation dissimulés.

Bien que le sujet soit plutôt repoussant, faire vivre un polar en quelques pages est un incroyable défi, relevé avec une intensité fascinante.

 

Frères Coen, Stéphane DE GROODT

Le titre parle de lui-même dès lors que l’on sait qui sont – même de loin – les protagonistes.

Toutefois, l’exercice de lecture n’est pas aisé ! Quand on connaît l’homme qu’est Stéphane De Groodt, ses facultés de diction et ses intonations, il est difficile de ne pas l’entendre réciter les lignes au fur et à mesure qu’on les parcourt, ce qui en engendre une compréhension toute relative ! S’ajoutant à cela le plaisir qu’il injecte dans sa plume de jouer avec les mots, sous toutes les formes possibles, il m’a fallu 2 ou 3 lectures pour comprendre toutes les supercheries et métaphores auxquelles il fait référence !! Mais j’adore !

 

La Main sur le coeur, François d’EPENOUX

Un frère et deux soeurs. Les composants parfaits d’une famille unie… Mais quand les chamailleries et querelles se transforment en mutisme et mésentente générale, il est parfois difficile, même pour une Maman, de tenter de recomposer le lien fraternel qui s’est brisé au fil du temps.

Un scénario qui pourrait faire sourire tant il témoigne d’une scène tristement courante… Mais l’histoire et la façon dont elle est contée sont suffisamment émouvantes pour faire comprendre que le poids du temps perdu laisse une trace indélébile dans la vie d’êtres qui au fond d’eux s’aiment malgré les apparences.

 

Aleyna, Karine GIEBEL

Etre la seule fille d’une fratrie n’est pas une tâche facile quotidiennement. Mais dès lors que les parents de l’héroïne lui ont choisi un mari dont elle ne veut pas, et qu’elle ose le revendiquer, les liens familiaux en ressortent usés jusqu’au rejet total.

Le sujet est relativement controversé, mais traité d’une façon terriblement poignante. Abordant le thème de la place de la femme sous certaines religions, il est baigné d’une vérité qui ne peut définitivement laisser insensible qui lira ces lignes.

 

Tu peux tout me dire, Douglas KENNEDY

Alors que son histoire d’amour et sa vie de couple se révèlent désastreuses, le narrateur pense de bon ton de se confier à une personne de sa famille… Mais il semble que « famille » et « confiance » ne fasse pas bon ménage, et que les trahisons peuvent venir d’une oreille que l’on croyait attentive et rassurante.

Le texte est bien forgé, on est pris très rapidement dans les tourmentes de la vie du narrateur, et épris de remords pour lui alors qu’on ne connaît même pas son nom. Déroutant mais certainement plus véridique qu’il n’y paraît !

 

Fils unique, Alexandra LAPIERRE

Les décès sont parfois le moment de faire le tri dans les dossiers familiaux et celui où les langues se délient. Point question de paroles, dans le cas de Paul, mais de lettres, qui affirment qu’il n’est peut-être pas le fils unique qu’il croit. Ce qui le ronge depuis sa tendre enfance se transforme alors progressivement en une révélation qui le place en cadet d’une lignée familiale insoupçonnée.

Le récit est à la fois prenant et exaltant, en très peu de pages, et le dénouement encore plus inattendu que les découvertes du héros. Un bon moment de plaisir et qui soulève chez le lecteur autant de questionnements que le héros s’en pose.

 

Karen et moi, Agnès LEDIG

Une rencontre fortuite dans un hôtel, qui commence en un plan drague bateau mais peut mener loin….jusqu’à unir deux personnes par exemple, au travers d’une amitié puissante qui les lie comme frère et sœur.

Une histoire touchante marquée par une fraîcheur qui fait beaucoup de bien. Un vrai plaisir à dévorer sans modération !

 

La Robe bleue, Nadine MONFILS

Rose a toujours été la dernière de la famille, la petite laissée pour compte. Elle ne vit que d’un amour simple pour ses proches et son chien. Les décès successifs la désemparent progressivement, jusqu’à l’abandon du bistrot familial qu’elle tenait avec sa sœur. Mais aussi grand que soit le deuil, les rêves, eux, subsistent…

Emprunts d’une mélancolie aussi forte que le ciel gris de Belgique où elle se déroule, l’histoire et le vocabulaire populaire utilisé dans sa narration vous entrainent en quelques phrases dans un univers sobre, où l’on vit, en tant que spectateur, la vie simple et finalement si triste de Rose.

 

Le premier Rom sur la Lune, Romain PUERTOLAS

Un Roumain envoyé sur la Lune par erreur, c’est plutôt peu banal. Et quand celui-ci y rencontre 2 « frères » extraterrestres, et échange des propos rocambolesques avec eux à la façon d’un dialogue de sourd, c’en devient épique !

C’est peut-être le texte avec lequel j’ai le moins accroché de tout l’ouvrage. L’auteur part dans une histoire abracadabrantesque, au bord de la science-fiction, à laquelle je n’ai pas adhéré. Néanmoins, le style est plaisant, et la nouvelle ne manque pas de rebondissements !

 

Jumeaux, trop jumeaux, Bernard WERBER

Les deux jumeaux ne se connaissent pas mais pourtant se ressemblent sur tous les points de leur existence, jusqu’à voir chaque péripétie de leurs vies copiées comme dans un miroir, y compris les pires actes qui puissent être commis.

Le sujet de la gémellité a toujours intéressé et impressionné les chercheurs, et quand toute la complexité et les interrogations de ces relations fusionnelles deviennent prétextes à une enquête policière, alors le récit a de quoi prendre une vraie dimension. Un bel écrit, sobre et sombre qui fait le point sur l’une des plus grandes questions existentielles jamais résolue.

Mon avis

Déjà conquise l’an passé par cette initiative, je réitère la lecture de ce recueil version 2016. Au-delà de la bonne cause, cet ouvrage permet de faire plus ample connaissance avec chacun des auteurs invités, et (re-)découvrir leurs plumes au fil de récits courts et personnels.
En soi, l’exercice de la nouvelle n’est pourtant pas le plus aisé de la littérature, mais, en peu de pages, chacun a réussi le pari de transmettre leurs diverses personnalités et faire ressortir pleinement les influences qui leurs sont propres.

Le plus surprenant étant qu’aucun des écrits ne se ressemble, malgré la thématique commune imposée ! En effet, tantôt touchante voire émouvante, tantôt réaliste ou totalement imaginaire, chaque auteur nous entraine dans une ambiance, un univers différent. Et l’enchainement est parfois brutal et rude, d’un texte à l’autre ! J’avais pris le parti de lire le recueil d’une traite, et l’exercice s’est avéré plus périlleux qu’il n’y paraissait. La brièveté des textes vous immerge quasi-instantanément dans la vie des personnages qui y sont dépeints et au coeur d’histoires radicalement différentes les unes des autres. A peine l’une est terminée, son dénouement révélé, qu’une autre commence, dans un autre décor, à une autre époque…
Si je n’avais qu’un conseil à vous donner : prenez le temps de savourer chaque nouvelle avant de mordre dans la suivante, les saveurs n’en seront que meilleures !

En bref…

Que l’on connaisse ou non les différents auteurs, cet ouvrage est l’occasion d’apprécier le talent de chacun des invités, tout en faisant une bonne action ! De quoi donner des envies de lecture aux plus réticents ou novices, et pourquoi pas, faire découvrir des écrivains susceptibles d’être appréciés par la suite !

Collectif,13 à table – 2016, Pocket, 2015, 284 pages.

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